Hirson

La fosse commune des prisonniers de guerre roumains à Hirson dans l’Aisne

Blog Thomas – Monument roumain à Hirson ©

Hirson est une commune du département de l’Aisne. Comme partout ailleurs et particulièrement dans l’est de la France, les prisonniers de guerre roumains et russes étaient employés à des travaux militaires à proximité du front. Les historiens locaux, comme ailleurs, insistent sur le mauvais traitement subis par les Roumains et les Russes tout en indiquant que le sort des Français et des civils punis n’était guère plus enviable. L’hôpital militaire d’Effry, situé à 10 kilomètres à l’ouest d’Hirson, dirigé par des médecins allemands particulièrement négligents, recherchés en 1919 pour crimes de guerre, semblent être à l’origine d’une forte mortalité dans l’établissement. A Hirson on retrouve les corps de 245 prisonniers de guerre russes ainsi qu’un Finlandais, s’y ajoute un ossuaire roumain dans lequel les corps de quelques 275 prisonniers de guerre roumains sont réunis.

Wikipedia – Plaque de la fosse commune ©

La particularité de ce cimetière, contrairement à ceux de l’est de la France, c’est que l’ossuaire a été conservé dans le cimetière militaire allemand, on retrouve le même cas à Labry en Meurthe-et-Moselle, où là aussi, une fosse commune trône au milieu du cimetière allemand où reposent quelques 164 prisonniers de guerre roumains, tous identifiés.

Voir l’article : Labry

En cours d’identification, les victimes d’Hirson commencent par livrer leur secret à propos de leur identité, et à l’instar de toutes nos recherches menées dans l’est de la France, nous continuons à nous intéresser aux destins des prisonniers de guerre roumains dans les cimetières de France afin de retrouver leurs traces et permettre aux familles roumaines de retrouver leurs aïeux décédés sur notre territoire alors occupé ou annexé par l’Allemagne.

Hirson, vue générale – Collection Ch. Woehrle ©

Aujourd’hui nous nous intéressons particulièrement au cas d’un soldat, relevé par le service des sépultures françaises dans l’ossuaire d’Hirson sous le nom de Coscan Gheorghe, soldat du 56e régiment d’infanterie et décédé le 2 avril 1917. A première vue, aucun soldat n’est identifié par les autorités allemandes sous ce nom. Le relevé systématique des déclarations de décès par les armées allemandes permet toutefois de constater que seuls deux soldats du 56e  Régiment d’Infanterie sont décédés à Hirson? L’un d’eux, dont le décès est déclaré le 2 avril 1917, comme indiqué par le service des sépultures français est Gheorghe Casian.

Fiche Casian Gheorghe – CICR – ©

Une recherche dans les archives des camps de prisonniers de guerre de Tucholà et Cszersk permet d’identifier avec certitude ce soldat. Il est né en 1885 dans la commune de Preutești dans le comté de Suceava. Il est composé de six villages: Arghira, Basarabi, Bahna-Arin, Huși, Leucușești et Preutești. Il comprenait également le village de Hiartop jusqu’en 2004, date à laquelle il a été séparé pour former une commune distincte. Fils de Toader Casian, ce nom est encore présent dans la commune de nos jours. Gheorghe rejoint lors de la déclaration de guerre, la 4e compagnie du 56e régiment d’infanterie roumain et fin novembre 1916 il est dans la région de Cilieni. Les soldats roumains qui se sont battus jusqu’à la dernière balle, suivant l’ordre donné, sont faits prisonniers dans les batailles et capitulent début décembre à Cilieni et Tia-Mare dans le judet d’Olt. Gheorghe est fait prisonnier exactement le 2 décembre 1916. Avec ses camarades, il est transféré au camp de Czersk en Pologne puis vers celui de Tucholà. De là, affaibli et dans des conditions terribles, il arrive dans la région d’Hirson où il est mis au travail avec ses camarades et d’autres prisonniers de guerre russes, français ou belges.

Soldats roumains sur le front – Imperial War Museum ©

Il décède au détachement de travail d’Hirson et est inhumé dans le cimetière allemand. Plus tard, les corps des Roumains décédés pendant la guerre, entre le 31 janvier 1917 et le 10 mai 1917, sont rassemblés dans une fosse commune par nationalité.

Pertes sur le front roumain – Imperial War Museum ©

Christophe Woehrle 2022 ©